Haïti
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Physics agency instigates review

Il est proposé de mener des activités visant, à moyen terme, à la création d’un institut franco-haïtien, localisé à Port-au-Prince, pour la formation des maîtres et l’éducation fondamentale des enfants d’Haïti, la formation des agents administratifs et territoriaux et la formation de base des personnels de santé grâce à un réseau de 100 centres numériques s’appuyant sur les TICE répartis sur l’ensemble du territoire.

Un tel institut dédié, aux formations de qualité dans un environnement de pénurie, aurait les activités principales suivantes :

 - la formation continue des maîtres haïtiens, couvrant l'ensemble des domaines de l'éducation primaire (maths, français, sciences),

- la formation initiale des maîtres, notamment en lien avec les deux seuls Centres d’Education et de Formation à l’Enseignement Fondamental (CEFEF) en Haïti,

-  la formation continue des agents administratifs et territoriaux (départements et communes),

-  la formation continue des personnels de santé, tels les sages femmes et aides soignantes,

-  la production de contenus et formations pédagogiques en langue française,

-  la mise à disposition de contenus pédagogiques, homogènes sur le territoire haïtien, pour la formation des enfants haïtiens, au travers d’un portail Web et d’une TV éducative,

-  la gestion du réseau, son exploitation et sa maintenance.

Les formations continues devront faire l’objet d’une valorisation et conduire à l’obtention d’une capacité, d’une certification ou d’un diplôme d’Etat. C’est un facteur clé de succès majeur en Haïti pour inciter les personnes sous-qualifiées, bien souvent très pauvres, à venir se former dans les centres numériques.

Contexte :

En Haïti, l’éducation est le seul moyen pour les plus pauvres de s’en sortir, avec l’espoir de pouvoir suivre un cycle d’études à l’étranger. Or, l’offre éducative est foncièrement insuffisante et inégalitaire. Elle est en outre massivement non publique (90%). Le système éducatif haïtien connait depuis longtemps des difficultés structurelles et un problème d’exclusion. Une enquête de l’UNICEF indique que 55 % des enfants en âge d’être scolarisés n’allaient pas à l’école en Haïti avant le séisme. En tout, 2.9 millions d’enfants sont privés de leur droit à l’éducation dans le pays.

L’Etat haïtien n’ayant pas les moyens de financer un système éducatif pour tous, le manque est pallié par l’enseignement privé. Ces dernières décennies, il n’y a eu pratiquement aucune régulation ou contrôle de la croissance du secteur privé, ce qui a souvent conduit à la création d’écoles fonctionnant en dessous des normes minimales.

Les enseignants dont le niveau de formation est notoirement insuffisant - seulement 15% des maîtres d’école ont atteint le niveau bac -, accablés par un trop grand nombre d'élèves (50 par classe) bien souvent sans matériel scolaire, ni plume, ni cahier, particulièrement en zone rurale, se contentent souvent d'utiliser des manuels désuets, qu'ils ont eux-mêmes appris à connaître quand ils étaient élèves, ce qui les incite aussi à pratiquer des méthodes pédagogiques dépassées, répétitives et décourageantes.

Aujourd’hui, le secteur de l’éducation primaire a été très touché par le séisme du 12 janvier 2010 : environ 5000 écoles ont été détruites ou gravement endommagées. La crise concernerait environ 700 000 enfants en âge d’aller à l’école. Il y a urgence à aider Haïti par la voie de l’éducation primaire en posant les bases d’un nouveau système éducatif public de qualité.

Alors que 80% des écoles ont été détruites dans l’ouest du pays et 40% dans le sud-est, alors que de nombreux instituteurs et formateurs ont péri, générant un besoin de renouvellement des capacités, soit 2500 maîtres par an avec un enseignement public de qualité, alors que la plupart des infrastructures terrestres de communication sont actuellement hors d’usage, il paraît nécessaire de faire appel aux technologies de l’information et de la communication pour l’éducation (TICE).

Cela consiste à présenter aux élèves rassemblés dans une salle de classe devant un écran géant, des cours préparés par d’excellents enseignants et transmis par voie satellitaire, complétant des moyens sols et hertziens.

Résultats déjà acquis :

Le présent projet s’appuie sur l’expérience réussie de l’UNFM en Afrique dans le domaine de la santé. En décembre 2004, sur une proposition de M. Cheick Modibo Diarra, ambassadeur pour les sciences et l'éducation auprès de l’UNESCO, plusieurs partenaires ont créé l’Université Numérique Francophone Mondiale (UNFM) dont la vision est « d’offrir un enseignement de qualité dans un environnement de pénurie ». Cette université a pour objet de contribuer à l’enseignement et à la formation d’agents de terrain, tout d’abord dans les domaines de la santé, puis de l’éducation, de l’informatique et de la gestion. Elle se voue à créer un réseau d’enseignement à distance utilisant les réseaux Internet, sol, hertziens et satellitaires. Sur le terrain, le réseau UNFM/RAFT (Réseau Africain Francophone pour la Télémédecine) regroupe une vingtaine de centres opérationnels répartis sur douze pays d’Afrique, tous interconnectés à Internet par satellite. Ainsi chaque mois, plus de mille participants africains suivent une conférence plénière de 2 heures par visioconférence. Au total, plus de 150 heures de cours ont été produites au sein de l’UNFM et sont régulièrement transmises par voie satellitaire.

Dans le domaine de l’éducation primaire, le projet bénéficie du savoir faire de la Main à la pâte dans le domaine des sciences, du SLECC (Savoir Lire Ecrire Compter Calculer) pour les mathématiques et du GERFLINT pour l’enseignement du français.

La main à la pâte a été lancée en 1996, à l'initiative de Georges Charpak, prix Nobel de physique 1992, Pierre Léna, Yves Quéré et de l'Académie des sciences dans le but de rénover l’enseignement des sciences et de la technologie à l’école primaire en favorisant un enseignement fondé sur une démarche d'investigation scientifique. La main à la pâte bénéficie d’une forte expérience dans le domaine de la formation et de l’échange de ressources pédagogiques à l’international, collaborant avec plus de 40 pays et 3 réseaux régionaux (Union Européenne, Asie du Sud-Est, Amérique Latine)

L’expérimentation scolaire SLECC est portée par le GRIP (Groupe de réflexion Interdisciplinaire sur les Programmes). Fondée en 2005, elle est constituée en un réseau d'une dizaine de classes officiellement enregistrées et une cinquantaine d'autres qui y sont associées (sans agrément officiel pour l'instant), dans divers établissements scolaires du territoire national. Les méthodes SLECC consistent en un enseignement « compact » et très « intégré » : enseignement simultané de l'écriture et des éléments de lecture dès la maternelle ; enseignement simultané des 4 opérations arithmétiques au CP en liaison avec la résolution de problèmes concrets et l'utilisation systématique des unités et grandeurs physiques ; liens explicites entre grammaire et orthographe. L'apprentissage du calcul donne lieu à de nombreuses manipulations.

Placé sous l'égide d'un Comité d'honneur présidé par Edgar Morin, le Groupe d'études et de recherches pour le Français langue internationale (GERFLINT) est un groupe international de recherche-action, fondé en 1999 par quelques spécialistes de didactique des langues et des cultures et présidé par Jacques Cortès, professeur émérite de sciences du langage. Le GERFLINT regroupe en son sein de nombreux spécialistes de l'enseignement du français langue maternelle, langue seconde et langue étrangère, qui ont acquis une expérience approfondie et reconnue de la formation à l'école primaire. Certains sont d'ores et déjà intervenus à Haïti et plusieurs jeunes spécialistes haïtiens sont associés au réseau.

DISPOSITIF EXPERIMENTAL

Sur un plan technique, chaque centre de formation est équipé d’une classe dédiée aux TICE dont la conception s’inspire du programme des « Ecoles numériques rurales » du Ministère de l’Education nationale en France (voir illustration ci-après).

Schéma d’une « Ecole numérique rurale » en France (programme du Ministère de l’Education nationale lancé en 2009)

En Haïti, chaque centre numérique est composé des éléments suivants :

-          un accès sécurisé au réseau Internet par satellite à un débit suffisant (ou télécommunication sol et hertzien, si existant),

-          un générateur d’énergie (ou accès au réseau électrique du bâtiment, si existant),

-          un réseau électrique, informatique et télécom avec câblage de la salle de classe ou sans fil (Wifi),

-          un kit d’équipements comprenant : 1 grand écran de projection (3 m), 1 vidéoprojecteur, 1 tableau blanc interactif portable, 15 ordinateurs portables avec grand écran et webcam intégrée, 1 appareil photo numérique ainsi qu’une imprimante laser haute vitesse,

-          une valise ou une armoire de rangement robuste et sécurisée, pour le stockage des équipements en dehors des heures d’utilisation, intégrant une fonction de charge des ordinateurs portables,

-          des applications de base (Microsoft office, vidéoconférence, etc.),

-          des logiciels pédagogiques et toutes autres ressources numériques pour l’enseignement.

A ces éléments, il faut ajouter l’installation des équipements et l’aménagement correspondant des espaces d’enseignement, l’assistance et la maintenance, ainsi que la formation et l’accompagnement des utilisateurs. La classe numérique a vocation à s’intégrer dans une salle existante, si possible sécurisée, non endommagée par le séisme.

Il est accordé une importance particulière au bilan énergétique et à l’utilisation d’équipements à basse consommation. Une autonomie énergétique est recherchée pour alimenter la classe numérique, notamment dans les villages isolés. Plus généralement, la solution technique retenue doit être adaptée aux difficultés d’accès à l’électricité dans les pays en voie de développement. Elle doit être facilement reproductible dans un contexte de reconstruction, dans les pays faisant régulièrement face à des catastrophes naturelles majeures.

Schéma général d’un système de télé-éducation en Haïti par satellite

S’agissant du segment spatial, une analyse fine doit permettre d’identifier les offres satellites disponibles et utilisables sur la région concernée, leur applicabilité pour les objectifs visés, et les conditions tarifaires associées. Elle est avantageusement complétée d’une comparaison et d’une évaluation technique de ces offres satellites (débit, taux de charge, taux de contention), ainsi qu’une comparaison des solutions satellitaires avec des solutions terrestres en termes de performance et de coûts.

L’ensemble des centres numériques déployées en Haïti sont interconnectées entres elles pour former un réseau, utilisant des liaisons de communication par satellite ainsi que des technologies sans fil longue portée pour relier localement plusieurs classes.

Une architecture réseau est préconisée selon plusieurs déclinaisons prenant en compte les contraintes locales. Des services réseaux accessibles pour la pédagogie et l’administratif peuvent comprendre un filtrage des accès à Internet, un contrôle des accès à Internet en classe, une capacité de télé-administration et l’accès à des serveurs distants mutualisés contenant des ressources pédagogiques ou administratives.

La figure ci-dessus illustre le principe général du fonctionnement d’un système de télé-éducation en Haïti par satellite connecté à la France.